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Contes


Les outils du charpentier
(adapté d'un conte du Moyen-Orient, Pomme d'Ami, décembre 1999).



Un jour, dans l'atelier du charpentier, les outils se sont mis à parler; L'un deux dit : "Ecoutez-moi, les amis, nous devons nous débarrasser de la scie, elle a des dents, elle pourrait mordre.". Un autre dit : "Mettons le rabot dehors, il coupe et il épluche tout. Débarrassons-nous aussi du marteau, il cogne et fait du bruit." "Et les clous, dit un autre, qu'ils s'en aillent, ils sont trop pointus."
Tous étaient d'accord là-dessus : la vie serait plus belle sans eux.
Mais à ce moment-là, le charpentier entra dans l'atelier. Aussitôt il n'y eut plus un bruit. Le charpentier prit la scie qui avait des dents et le rabot qui épluche tout. Il prit le marteau qui cogne et les clous pointus.
Et avec tous ces outils, il fabriqua un berceau pour accueillir un bébé qui allait naître.



Les Mains d'or
(adapté d'un conte grec, Pomme d'Api de décembre 1999).



Il était une fois un homme qui venait d'avoir un enfant. Il aimait tellement cet enfant qu'il rêvait de tout lui offrir. Hélas il était pauvre.
Alors un matin, il partir à la recherche de l'arbre à souhaits. Il marcha mille jours et mille nuits. Quand enfin il le trouva, l'arbre lui demanda : "Quel est ton vœu le plus cher ?" L'homme réfléchit et il dit : "Je voudrais que tout ce que je touche se transforme en or".
L'arbre dit : "Ce que tu veux, tu l'auras". Tout heureux, l'homme repartit; il marcha mille jours et mille nuits.
Quand il arriva chez lui, il attrapa la poignée de la porte et hop, elle se changea en or. Il caressa son chien et hop, il se changea en or. Le pauvre chien n'aboyait plus, il ne bougeait plus, il était transformé en statue.
Aussitôt sa femme lui cria : "Je t'en supplie, ne t'approche pas de notre enfant !". Alors l'homme s'assit loin de son fils. Et pendant mille jours et mille nuits, il pleura en regardant son enfant lui tendre les bras, en criant "Papa !".
Au mille et unième matin, l'homme repartit à la recherche de l'arbre à souhaits, pour le supplier d'exaucer son vœu le plus cher: retrouver ses mains d'avant, ses mains de papa, pour prendre son enfant dans ses bras.

Merci à Brigitte de Lactaliste.



La Mère Noël
Par Michel Tournier. Extrait de "Coq de Bruyère".



Le village de Pouldreuzic allait-il connaitre une période de paix ? Depuis des lustres, il était déchiré par l'opposition des cléricaux et des radicaux, de l'école libre des Frères et de la communale laïque, du curé et de l'instituteur ! Les hostilités qui empruntaient les couleurs des saisons viraient à l'enluminure légendaire avec les fêtes de fin d'années.
La messe de minuit avait lieu pour des raisons pratiques le 24 décembre à six heures du soir. A la même heure, l'instituteur, déguisé en père noël, distribuait des jouets aux élèves de l'école laïque. Ainsi le Père Noël devenait-il par ses soins, un héros païen, radical et anticlérical, et le curé lui opposait le Petit Jésus de sa crèche vivante - célèbre dans tout le canton - comme on jette une ondée d'eau bénite à la face du diable.
Oui, Pouldreuzic allait-il connaitre une trêve ? C'est que l'instituteur, ayant pris sa retraite, avait été remplacé par une institutrice étrangère au pays, et tout le monde l'observait pour savoir de quel bois elle était faite. Mme Oiselin, mère de deux enfants - dont un bébé de 3 mois - était divorcée, ce qui paraissait un gage de fidélité laïque.
Mais le parti clérical triompha dès le premier dimanche, lorsqu'on vit la nouvelle maitresse faire une entrée remarquée à l'église. Les dés paraissaient jetés. Il n'y aurait plus d'arbre de Noël sacrilège à l'heure de la messe de ''minuit'', et le curé resterait seul maître de terrain. Aussi la surprise fut-elle grande quand Mme Oiselin annonça à ses écoliers que rien ne serait changé à la tradition, et que le Père Noël distribuerait ses cadeaux à l'heure habituelle. Quel jeu jouait-elle ? Et qui allait tenir le rôle du Père Noël ? Le facteur et le garde champêtre, auxquels tout le monde songeait en raison de leurs opinions socialistes, affirmaient n'être au courant de rien. L'étonnement fut à son comble quand on appris que Mme Oiselin prêtait son bébé au curé pour faire le petit Jésus dans sa crèche vivante.
Au début, tout alla bien. Le petit Oiselin dormait à poings fermés quand les fidèles défilèrent devant la crèche, les yeux affutés par la curiosité. Le bœuf et l'âne - un vrai bœuf, un vrai âne - paraissaient attendris devant le bébé laïque si miraculeusement métamorphosé en sauveur. Malheureusement, il commença à s'agiter dès l'Evangile, et ses hurlements éclatèrent au moment où le curé montait en chaire. Jamais on avait entendu une voix de bébé aussi éclatante. En vain la fillette qui jouait la Vierge Marie le berça-t-elle contre sa maigre poitrine. Le marmot, rouge de colère, trépignant des bras et des jambes faisait retentir les voutes de l'église de ses cris furieux, et le curé ne pouvait placer un mot.
Finalement, il appela un des enfants de cœur et lui glissa un ordre a l'oreille. Sans quitter son surplis, le jeune garçon sortit, et on entendit le bruit de ses galoches décroître au dehors. Quelques minutes plus tard, la moitié cléricale du village, tout entière réunie dans la nef, eut une vision inouïe qui s'inscrivit à tout jamais dans la légende dorée du pays bigouden. On vit le Père Noël en personne faire irruption dans l'église. Il se dirigea à grand pas vers la crèche. Puis il écarta sa grande barbe de coton blanc, il déboutonna sa houppelande rouge et tendit un sein généreux au petit Jésus soudain apaisé.

Merci à Marie-Laure.



Le prince mal nourri
Par Muriel Block



Il était une fois, un émir plein d’orgueil qui eut un fils.
Il dit : «Je veux que mon fils soit le meilleur en tout, je vais le nourrir comme aucun enfant nourri de femme n’a jamais été nourri.»
Il décida de lui donner sept laits pour lui donner sept vertus :
- le lait de la tigresse pour la puissance,
- le lait de l’éléphante pour l’intelligence et la mémoire,
- le lait de la jument pour la beauté,
- le lait de la chamelle pour la sobriété,
- le lait de l’ourse pour la force,
- le lait de la hase pour la vitesse,
- le lait de la chatte pour l’adresse.

«Tel sera mon fils, parfait en tout point.»

L’enfant grandit nourri des sept laits. Il avait pour compagnon de jeux et serviteur, le fils du premier vizir qui avait le même âge que lui.
Vint un jour où le roi du pays voisin annonça qu’il voulait marier sa fille. Il convia tous les jeunes hommes des pays voisins à une grande fête. Celle-ci dura sept jours et sept nuits pendant lesquels se succédèrent les épreuves qui devaient révéler les qualités de chacun.
Au huitième jour, la princesse dit qu’elle avait choisi celui qui deviendrait son époux. Elle choisit le fils du premier vizir, serviteur et compagnon du fils de l’émir.
L’émir entra dans une grande colère et vint voir la princesse pour connaître les raisons de son choix.
Celle-ci dit : «Ton fils est
- féroce comme un tigre,
- balourd comme l’éléphant,
- rétif comme le cheval,
- laid comme un chameau,
- stupide comme un ours,
- lâche comme un lièvre,
- instable et perfide comme le chat.»

L’émir rentra chez lui accablé et triste; il fit appeler son premier vizir et lui demanda ce qui avait rendu son fils digne d’épouser la princesse.
Il lui répondit : «Il a été nourri du lait de femme et il est devenu un homme».

Merci à Leatitia.


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