Pour banaliser l'allaitement maternel, six mamans de l'association Voix lactée ont donné la tétée, hier matin, à la terrasse d'un café, à l'heure du marché.
Ils s'appellent Zachary, Justin, Emilie, Chloé, Elisabeth et Pacôme et qu'ils soient l'objet de regards étonnés est le cadet de leurs soucis. Non, à cet instant, la seule chose qui compte à leurs yeux tout juste ouverts au monde, et dont ils se régalent à bouche que veux-tu, c'est le lait incomparable du sein de maman…
Samedi matin, à la terrasse d'un bar, alors que tout autour d'elles on s'attable pour le rituel de l'apéro et que dans la rue du Rabot paniers vides et paniers pleins se croisent dans un incessant ballet, Anne-Catherine, Sophie, Audrey, Laurence, Marie et Caroline, donnent à voir, avec une évidente fierté, ce que l'on a, en France, encore trop tendance à cacher : la tétée. « En Afrique, on n'a pas besoin de dire aux mamans comment s'y prendre pour allaiter leur enfant car cela fait partie de la vie de tous les jours. Dès qu'elles sont toutes petites, elles voient cela partout », explique Elisabeth Compagnon, la présidente de Voix lactées, l'association à l'origine de cet acte militant en faveur de l'allaitement maternel, premier du genre à Niort.
Tordre le cou aux idées reçues
S'exposer pour banaliser. Mais aussi pour échanger, dissiper des peurs irraisonnées et tordre le coup aux idées reçues. Non, le travail n'est pas un frein à l'allaitement. « On peut continuer à allaiter tout en travaillant, c'est même un droit, rappelle cette jeune maman. Et on peut aussi tirer son lait. Ainsi, même loin de nous, d'une certaine façon, notre bébé est encore avec nous. »
Donner le sein aux yeux des passants, c'est aussi en finir avec un vieux tabou masculin… « Chez nous, du point de vue de l'homme, le sein a une fonction érotique et pas nourricière », déplore Frédérique Hay, pédiatre à l'hôpital et consultante en lactation. 60 % seulement des mamans françaises font, dit-elle, le choix d'allaiter à la sortie de la maternité et 50 % d'entre elles cessent au bout des dix semaines du congé maternité. Selon Frédérique Hay, qui milite également au sein de Voix lactées, cette faible proportion des mamans qui allaitent trouve d'abord son explication dans notre culture : « Nous avons longtemps pratiqué la mise à distance des enfants qui se trouvaient ainsi confiés à des nourrices. Puis il y a eu le féminisme, dans les années soixante, qui préconisait le biberon au nom d'un maternage équilibré entre homme et femme. » Enfin, et surtout, la pédiatre souligne la pression des lobbies de l'agroalimentaire. « Il y a dix ans, on distribuait encore des boîtes de lait maternisé dans les maternités. Et aujourd'hui encore, ils continuent leur pub, de manière très insidieuse. »
Hier matin, ce que Zachary, Justin, Emilie, Chloé, Elisabeth et Pacôme donnaient à voir n'avait, en revanche, vraiment rien d'insidieux.
Fabien Bonnet - La Nouvelle République
Ils s'appellent Zachary, Justin, Emilie, Chloé, Elisabeth et Pacôme et qu'ils soient l'objet de regards étonnés est le cadet de leurs soucis. Non, à cet instant, la seule chose qui compte à leurs yeux tout juste ouverts au monde, et dont ils se régalent à bouche que veux-tu, c'est le lait incomparable du sein de maman…
Samedi matin, à la terrasse d'un bar, alors que tout autour d'elles on s'attable pour le rituel de l'apéro et que dans la rue du Rabot paniers vides et paniers pleins se croisent dans un incessant ballet, Anne-Catherine, Sophie, Audrey, Laurence, Marie et Caroline, donnent à voir, avec une évidente fierté, ce que l'on a, en France, encore trop tendance à cacher : la tétée. « En Afrique, on n'a pas besoin de dire aux mamans comment s'y prendre pour allaiter leur enfant car cela fait partie de la vie de tous les jours. Dès qu'elles sont toutes petites, elles voient cela partout », explique Elisabeth Compagnon, la présidente de Voix lactées, l'association à l'origine de cet acte militant en faveur de l'allaitement maternel, premier du genre à Niort.
Tordre le cou aux idées reçues
S'exposer pour banaliser. Mais aussi pour échanger, dissiper des peurs irraisonnées et tordre le coup aux idées reçues. Non, le travail n'est pas un frein à l'allaitement. « On peut continuer à allaiter tout en travaillant, c'est même un droit, rappelle cette jeune maman. Et on peut aussi tirer son lait. Ainsi, même loin de nous, d'une certaine façon, notre bébé est encore avec nous. »
Donner le sein aux yeux des passants, c'est aussi en finir avec un vieux tabou masculin… « Chez nous, du point de vue de l'homme, le sein a une fonction érotique et pas nourricière », déplore Frédérique Hay, pédiatre à l'hôpital et consultante en lactation. 60 % seulement des mamans françaises font, dit-elle, le choix d'allaiter à la sortie de la maternité et 50 % d'entre elles cessent au bout des dix semaines du congé maternité. Selon Frédérique Hay, qui milite également au sein de Voix lactées, cette faible proportion des mamans qui allaitent trouve d'abord son explication dans notre culture : « Nous avons longtemps pratiqué la mise à distance des enfants qui se trouvaient ainsi confiés à des nourrices. Puis il y a eu le féminisme, dans les années soixante, qui préconisait le biberon au nom d'un maternage équilibré entre homme et femme. » Enfin, et surtout, la pédiatre souligne la pression des lobbies de l'agroalimentaire. « Il y a dix ans, on distribuait encore des boîtes de lait maternisé dans les maternités. Et aujourd'hui encore, ils continuent leur pub, de manière très insidieuse. »
Hier matin, ce que Zachary, Justin, Emilie, Chloé, Elisabeth et Pacôme donnaient à voir n'avait, en revanche, vraiment rien d'insidieux.
Fabien Bonnet - La Nouvelle République
Shadow - Le: 11/10/09 - Poster commentaire



